{"id":10985,"date":"2024-09-24T12:36:45","date_gmt":"2024-09-24T09:36:45","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10985"},"modified":"2024-09-24T19:31:43","modified_gmt":"2024-09-24T16:31:43","slug":"affaire-fanou-beit-salam-transforme-en-cellule-de-tortures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/opinion\/affaire-fanou-beit-salam-transforme-en-cellule-de-tortures\/","title":{"rendered":"Affaire Fanou. Beit-Salam transform\u00e9 en cellule de tortures"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Autrefois, le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en prison pour ceux qui \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019\u00eatre des Sambistes notamment contre Soulard, cette fois c\u2019est le palais pr\u00e9sidentiel comorien, Beit-Salam, qui a servi de cellule pour torturer Ahmed Abdou dit Fanou. On aura tout vu avec la dictature d\u2019Azali Assoumani.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par <strong>Omar Mirali,<\/strong> <strong>Enseignant<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi 13 septembre 2024. Il est 17h, je sors de ma salle de classe o\u00f9, ironie du sort, j&#8217;enseignais l&#8217;histoire du jeune Olaudah Equiano, captur\u00e9 \u00e0 l&#8217;adolescence et vendu comme esclave avant d&#8217;\u00eatre affranchi et de lancer un gigantesque mouvement abolitionniste en faveur de la fin de l&#8217;esclavage. J&#8217;allume mon t\u00e9l\u00e9phone et je d\u00e9couvre, au d\u00e9part sans y croire, qu&#8217;Assoumani Azali avait \u00e9t\u00e9 agress\u00e9 au couteau. Je me renseigne un peu partout et l&#8217;information m&#8217;a \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e : Azali a bel et bien \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 au couteau. Il est bless\u00e9. Ma premi\u00e8re r\u00e9action a \u00e9t\u00e9 de dire imm\u00e9diatement aux coll\u00e8gues autour de moi : l&#8217;assaillant pr\u00e9sum\u00e9 souffrira le martyr.<\/p>\n\n\n\n<p>Samedi 14 septembre 2024. Tr\u00e8s t\u00f4t le matin, la nouvelle est tomb\u00e9e. C&#8217;est l&#8217;effroi. Le jeune Fanou, agresseur pr\u00e9sum\u00e9 d&#8217;Assoumani Azali, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il aurait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 mort au palais pr\u00e9sidentiel de Beit-Salam. Cette mort est \u00e0 la fois banale et exceptionnelle. Je comprends tr\u00e8s vite qu&#8217;elle laissera des traces et que cet homme a d\u00fb subir des atrocit\u00e9s des plus cruelles. Elle est banale parce que ce r\u00e9gime, en mati\u00e8re de crime, a une tr\u00e8s longue exp\u00e9rience et n&#8217;est pas \u00e0 son premier coup d&#8217;essai. Le nombre de h\u00e9ros tomb\u00e9s sous les balles d&#8217;Assoumani Azali, si l&#8217;on en croit les chiffres de SOS D\u00e9mocratie fr\u00f4le ais\u00e9ment la trentaine. Alors, dans ce concert macabre, une victime ou deux de plus, quoi de plus ordinaire ! Cependant, mourir en plein palais pr\u00e9sidentiel, c&#8217;est quand m\u00eame peu commun. Les oblig\u00e9s du r\u00e9gime diront qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 ailleurs et que sa mort est intervenue en dehors de Beit-Salam. La question restera inchang\u00e9e : qu&#8217;est-ce que cet homme faisait au palais pr\u00e9sidentiel ? Sa pr\u00e9sence sur place est attest\u00e9e et ne peut faire l&#8217;objet d&#8217;aucune contestation. Ali Mohamed Djounaid qui sert de procureur de la R\u00e9publique l&#8217;avait reconnu lui-m\u00eame dans sa conf\u00e9rence de presse. Le palais pr\u00e9sidentiel comorien a donc \u00e9t\u00e9 transform\u00e9, au moins pour quelques heures, en cellules de tortures. Une chose, l\u00e0 aussi banale dans ce r\u00e9gime. On se souvient des tristement c\u00e9l\u00e8bres cellules Kiki, des pi\u00e8ces du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur d\u00e9di\u00e9es aux tortures. C\u2019est dans une de ces pi\u00e8ces que le pauvre Soulard avait \u00e9t\u00e9 contraint de se nourrir de ses propres excr\u00e9ments.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme si la barbarie avec laquelle Fanou a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 mort n&#8217;avait pas suffi, le sinistre Ali Mohamed Djounaid avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au secours, pour tenter d&#8217;\u00e9teindre le feu. En s&#8217;exprimant comme il l&#8217;a fait, c&#8217;est-\u00e0-dire avec indignit\u00e9 et m\u00e9pris, il a mis le feu aux poudres, prenant les Comoriens pour des idiots. Le pompier a vers\u00e9 dans la pyromanie, le pays \u00e9tait \u00e0 feu et \u00e0 sang. Oui, Djounaid a os\u00e9. Il a os\u00e9 insulter l&#8217;intelligence des Comoriens. Il s&#8217;est bien gard\u00e9 de donner des d\u00e9tails sur les lieux de d\u00e9tention et d&#8217;assassinat de Fanou, comme s&#8217;il voulait \u00e0 tout prix \u00e9viter d&#8217;\u00e9voquer le palais pr\u00e9sidentiel. Par contre, sans tergiverser, il a os\u00e9 insinuer que le h\u00e9ros national \u00e9tait mort de mort naturelle. Il aurait \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 mort simplement. Il n\u2019a fait aucune mention des tortures qui lui ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es et encore moins, de ses tortionnaires. L&#8217;histoire retiendra le nom de cet homme, comme celui qui aura cautionn\u00e9 qu&#8217;un gar\u00e7on de l&#8217;\u00e2ge de son propre fils soit d\u00e9coup\u00e9 en mille<\/p>\n\n\n\n<p>morceaux comme un vulgaire morceau de viande.<\/p>\n\n\n\n<p>Permettez-moi d\u2019interroger l&#8217;humanit\u00e9 d\u2019Ali Mohamed Djounaid. Mon cher Djounaid. Je t&#8217;ai vu t&#8217;exprimer. Tu avais des yeux et des oreilles. Comme moi, comme d&#8217;autres \u00eatres humains. Mais es-tu franchement un \u00eatre humain ? Ou, en bon imposteur, tu portes un costume qui est plus grand que toi ? Un \u00eatre humain, c&#8217;est une peau. Ce sont des organes. Mais un \u00eatre humain, c&#8217;est surtout un c\u0153ur, une conscience. Ton c\u0153ur, \u00e0 supposer que tu en aies un, de quoi est-il fait ? Pourquoi n&#8217;a-t-il pas trembl\u00e9 au moment de d\u00e9couvrir le corps inanim\u00e9 et en morceaux, de ce jeune homme de vingt ans ? Pourquoi ta conscience te permet-elle de lancer de telles inepties au point de te persuader toi-m\u00eame, qu&#8217;un homme, accus\u00e9 d&#8217;avoir agress\u00e9 l&#8217;un des plus grands tyrans de cette terre, aurait pu mourir naturellement, quelques heures seulement apr\u00e8s son acte de bravoure ?<\/p>\n\n\n\n<p>Mon cher Djounaid, j&#8217;interroge ta paternit\u00e9. Si un jour tu t&#8217;\u00e9tais enorgueilli du statut de p\u00e8re, je te prie de revenir \u00e0 la raison. Un p\u00e8re n&#8217;accepte pas la violence exerc\u00e9e sur les enfants d&#8217;autrui. Un p\u00e8re prot\u00e8ge les enfants de ses semblables comme il prot\u00e9gerait les siens. Mes condol\u00e9ances \u00e0 tes pauvres enfants, devenus subitement orphelins. Un jour, vous aviez eu un p\u00e8re. Il \u00e9tait mort pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;interroge enfin, mon cher Djounaid, ton statut de citoyen. Un citoyen, un vrai, ne reste pas insensible \u00e0 la d\u00e9tresse de ses compatriotes. Les Comoriens sont aujourd&#8217;hui livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Ils font face \u00e0 un r\u00e9gime cynique qui a fait d&#8217;eux des ennemis \u00e0 abattre. Et tu as choisi de servir les gouvernants qui nous tuent. Je te plains et pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 des justes qu&#8217;on tue. Un jour peut-\u00eatre, retrouveras-tu ton statut perdu de citoyen. Il sera d\u00e9j\u00e0 trop tard. Tu auras enterr\u00e9 d\u00e9j\u00e0 tous les dignes hommes de notre pays. Et si d&#8217;aventure il devait rester un seul vrai Comorien, il ne cesserait de te rappeler le nom de ceux qui sont tomb\u00e9s avec ta complicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9gime aura franchi toutes les limites. Comme Elaudah Equiano, il ne reste au peuple comorien qu&#8217;une seule solution. Il doit s&#8217;en sortir et forcer son propre destin. Il doit se d\u00e9livrer et s&#8217;affranchir. Fanou a montr\u00e9 la voie. Comme le font tous les h\u00e9ros en leur temps. Une br\u00e8che s&#8217;est ouverte. Azali Assoumani risque de mourir assassin\u00e9. Il sera poignard\u00e9. Peut-\u00eatre sera-t-il assassin\u00e9 autrement. Une chose est s\u00fbre, tous les Comoriens ont compris que le tyran n&#8217;est pas si immortel que cela. Il a aussi ses vuln\u00e9rabilit\u00e9s et ses faiblesses. Il est surtout entour\u00e9 de plaisantins qui n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 lui tourner le dos d\u00e8s qu&#8217;un danger frappe \u00e0 la porte. Donc, que chacun choisisse son camp ! Si Assoumani Azali pouvait, une fois dans sa vie, faire preuve d&#8217;un peu de lucidit\u00e9, il choisirait, \u00e0 cet instant pr\u00e9cis, de rendre le tablier pour faire face \u00e0 la justice. Autrement, il risque de finir lui-m\u00eame emport\u00e9 par la vindicte populaire, comme tant de tyrans. Et pour une fois, dans ce r\u00e9gime, au milieu de toutes ces familles en miettes, la lumi\u00e8re jaillirait pour \u00e9clairer nos c\u0153urs meurtris.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrefois, le minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en prison pour ceux qui \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019\u00eatre des Sambistes notamment contre Soulard, cette fois c\u2019est le palais pr\u00e9sidentiel comorien, Beit-Salam, qui a servi de cellule pour torturer Ahmed Abdou dit Fanou. On aura tout vu avec la dictature d\u2019Azali Assoumani. 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