{"id":10938,"date":"2024-09-08T22:41:56","date_gmt":"2024-09-08T19:41:56","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10938"},"modified":"2024-09-08T22:41:56","modified_gmt":"2024-09-08T19:41:56","slug":"bourguiba-un-monument-sest-effondre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/bourguiba-un-monument-sest-effondre\/","title":{"rendered":"Bourguiba, un monument s\u2019est effondr\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Les Comoriens r\u00e9alisent peu \u00e0 peu qu\u2019ils ont perdu un grand artiste en la personne de Bourguiba Hamada. Le chanteur comorien d\u00e9c\u00e9d\u00e9 jeudi dernier en France d\u2019un arr\u00eat cardiaque chantait l\u2019amour, et \u00e9tait aussi un artiste engag\u00e9 et appr\u00e9ci\u00e9 de tous pour sa gentillesse.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Omar Mirali<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Jean D\u2019Ormesson, un auteur que j\u2019affectionne particuli\u00e8rement \u00e9crivait : \u00ab Il y a quelque chose de plus fort que la mort. C\u2019est la pr\u00e9sence des absents dans la m\u00e9moire des vivants. \u00bb Non. Bourguiba n\u2019est pas mort. Il vit encore. Il survivra \u00e0 tout. Au moins dans nos souvenirs les plus tendres. Car oui, Bourguiba laisse derri\u00e8re lui un h\u00e9ritage culturel exceptionnel. Il \u00e9tait jeune et d\u00e9j\u00e0 si grand. Son \u0153uvre, immortelle, survolera les temps et les p\u00e9riodes. Un jour, plus loin devant nous, quelqu\u2019un interpr\u00e8tera quelque part une de ses compositions les plus envoutantes. Un jour, parmi nos descendants, des discussions enflamm\u00e9es porteront sur le plus grand artiste comorien de tous les temps. Il sera question de Maalesh, de Salim Ali Amir, mais aussi, de Bourguiba. Bourguiba est mort, vive Bourguiba !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est quatre heures du matin en ce triste vendredi 6 septembre 2024. Le sommeil me quitte, comme s\u2019il fuyait la sinistre nouvelle qui ne tarda pas \u00e0 s\u2019imposer \u00e0 moi. J\u2019allume mon t\u00e9l\u00e9phone. Je me connecte sur Facebook et partout, des hommages sont rendus \u00e0 Bourguiba. Le chanteur venait de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence. C\u2019est l\u2019effroi. Comment est-ce possible ? Depuis quand les immortels tr\u00e9passent ? Pourquoi si t\u00f4t ? La mort aura beau r\u00f4der autour de chacun d\u2019entre nous, elle apporte toujours une part de myst\u00e8re et de stup\u00e9faction \u00e0 chaque fois qu\u2019elle s\u00e9vit autour de nous. Personne ne s\u2019y habitue. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les Comores viennent donc de perdre un de ses meilleurs \u00e9l\u00e9ments. V\u00e9ritable ambassadeur de la culture comorienne, Bourguiba aura port\u00e9 haut et fort, les couleurs de notre drapeau et celle de la musique comorienne. Il aura r\u00e9ussi, toute sa carri\u00e8re durant, cette rarissime prouesse de s\u2019adresser \u00e0 toutes les g\u00e9n\u00e9rations, \u00e0 travers des textes engag\u00e9s, accompagn\u00e9s de rythmiques \u00e0 la fois tr\u00e8s modernes, respectueux des traditions et du grand public. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9cide donc de quitter mon lit. Ma tristesse et mon c\u0153ur bouscul\u00e9 m\u2019accompagnent tous deux sur le chemin du travail. Mon t\u00e9l\u00e9phone allum\u00e9 tourne en plein r\u00e9gime. J\u2019\u00e9coute en boucle, plusieurs chansons parmi les plus embl\u00e9matiques du r\u00e9pertoire du monument. \u00c0 commencer par l\u2019intemporel et iconique \u00ab&nbsp;Hazi&nbsp;\u00bb, un hymne au travail et \u00e0 l\u2019engagement. Imm\u00e9diatement, je r\u00e9alise le g\u00e9nie de l\u2019homme. Ses textes, cela est de notori\u00e9t\u00e9 publique, sont d\u2019une rare finesse. Quant \u00e0 ses m\u00e9lodies que j\u2019\u00e9coutais sans toujours y pr\u00eater l\u2019attention qu\u2019elles m\u00e9ritaient, je venais de me rendre compte qu\u2019elles \u00e9taient pos\u00e9es aussi minutieusement qu\u2019on poserait des pi\u00e8ces de puzzle. Chaque instrument \u00e9tait \u00e0 sa place. Aucune sonorit\u00e9 n\u2019avait d\u00e9pass\u00e9 les autres. Le tout respectait une certaine harmonie qui fr\u00f4lait la perfection. J\u2019ai retenu plusieurs passages de cette chanson. L\u2019un d\u2019eux, \u00e0 mon sens, r\u00e9sume \u00e0 lui tout seul, Bourguiba et son \u0153uvre. Il fut homme d\u00e9termin\u00e9, toujours pr\u00eat \u00e0 affronter les al\u00e9as de la vie seul, et toujours dispos\u00e9 \u00e0 agir sans rien attendre des autres, le tout avec profondeur, s\u00e9rieux et humanit\u00e9. \u2018\u2019\u00d4 toi, te voil\u00e0 jeune et \u00e9duqu\u00e9. Tu as un savoir-faire. Ne compte pas sur un quelconque gouvernement. Bats-toi. (\u2026) Ce pays que nous aimons tant n\u2019attend que nous ! \u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9cout\u00e9 d\u2019autres de ses chansons, non moins fameuses. \u00c0 chaque fois, le m\u00eame sentiment d\u2019impuissance face \u00e0 l\u2019irr\u00e9vocable m\u2019avait pris. \u00c0 chaque fois, je mesurais \u00e0 quel point l\u2019homme \u00e9tait talentueux. Il faut croire que les g\u00e9nies n\u2019aiment pas s\u2019\u00e9terniser ici-bas. Salim Hatubou, un autre g\u00e9nie, avait d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9 de nous le faire comprendre. Nous n\u2019\u00e9tions pas suffisamment outill\u00e9s intellectuellement pour y parvenir. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Vous l\u2019avez compris. Bourguiba \u00e9tait aussi un citoyen de son temps. Si dans ses chansons \u00e9mancipatrices, il n\u2019a jamais cess\u00e9 de prendre position sur la situation politique de notre pays, il s\u2019exprimait tr\u00e8s peu, jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9cemment, en dehors de ses compositions artistiques, sur la tyrannie en cours aux Comores. Cependant, depuis quelques mois, il avait d\u00e9cid\u00e9 de se dresser contre les injustices perp\u00e9tr\u00e9es aux Comores et en faveur des artistes comme lui. Dans une publication publi\u00e9e il y a deux jours seulement sur sa page Facebook, Bourguiba \u00e9crivait que l\u2019\u00c9tat devrait faire en sorte de s\u2019occuper des b\u00e2timents publics qui sont tous en situation de d\u00e9labrement. De m\u00eame, lors d\u2019un direct, il avait interpr\u00e9t\u00e9 une petite chanson dans laquelle il disait : \u00ab Le but de la politique n\u2019est pas seulement de gouverner. Il s\u2019agit aussi et surtout d\u2019assurer le bien-\u00eatre des citoyens. \u00bb Comme si, voyant sa mort approcher, il avait voulu poser le dernier coup de pinceau, celui qui fit rentrer son noble nom, et pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, au panth\u00e9on des plus grands. Notre pays perd un immense penseur. Notre peuple pleure un brave citoyen. Le monde intellectuel pleure un monument.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e9rons, \u00e0 pr\u00e9sent, que notre gouvernement saura honorer cet homme dont la vie fut vou\u00e9e \u00e0 honorer notre Nation. Esp\u00e9rons que pour une fois, notre pays saura reconna\u00eetre les meilleurs de ses enfants en organisant les fun\u00e9railles nationales qui sont dues \u00e0 Bourguiba et \u00e0 tous ceux qui consacrent leur vie \u00e0 d\u00e9fendre la chose publique. Je crois que tu iras au paradis,<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose me l\u2019a dit.<\/p>\n\n\n\n<p>La voie trac\u00e9e ici-bas,<\/p>\n\n\n\n<p>Ne t\u2019oubliera pas l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils auront d\u00e9j\u00e0 tout oubli\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Tu auras d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout l\u00e0-haut parmi les bons \u00eatres,<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier de tes chefs-d\u2019\u0153uvre.<\/p>\n\n\n\n<p>Honneur \u00e0 toi grand homme. La patrie \u00e0 jamais reconnaissante.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Comoriens r\u00e9alisent peu \u00e0 peu qu\u2019ils ont perdu un grand artiste en la personne de Bourguiba Hamada. Le chanteur comorien d\u00e9c\u00e9d\u00e9 jeudi dernier en France d\u2019un arr\u00eat cardiaque chantait l\u2019amour, et \u00e9tait aussi un artiste engag\u00e9 et appr\u00e9ci\u00e9 de tous pour sa gentillesse. Par Omar Mirali. Jean D\u2019Ormesson, un auteur que j\u2019affectionne particuli\u00e8rement \u00e9crivait [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":10939,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[56],"tags":[92,442],"class_list":["post-10938","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-a-la-une","tag-edition-496"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=10938"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10938\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10940,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10938\/revisions\/10940"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/10939"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=10938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=10938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=10938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}