{"id":10898,"date":"2024-08-26T23:12:47","date_gmt":"2024-08-26T20:12:47","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10898"},"modified":"2024-08-26T23:12:48","modified_gmt":"2024-08-26T20:12:48","slug":"le-kafir-du-karthala-de-mohamed-toihiri-une-representation-de-lamour","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/le-kafir-du-karthala-de-mohamed-toihiri-une-representation-de-lamour\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Le Kafir du Karthala\u00a0\u00bb de Mohamed Toihiri. Une repr\u00e9sentation de l\u2019amour"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le Dr Nassurdine Mhoumadi revient sur \u00ab&nbsp;Le Kafir du Karthala&nbsp;\u00bb de Mohamed Toihir. Le roman l\u2019a \u00e9galement marqu\u00e9 par la conception de l\u2019amour que le narrateur nous laisse entrevoir.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Nassurdine Ali Mhoumadi, Docteur en Lettres et Arts<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">En temps difficiles, pour occuper son imagination et temp\u00e9rer ses souffrances, on peut soit se raconter des histoires, soit inventer des histoires ou encore relire des histoires. J\u2019ai opt\u00e9 personnellement pour cette derni\u00e8re solution en me replongeant, encore une fois, dans une histoire que j\u2019ai lue pour la premi\u00e8re fois en 1994&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le Kafir du Karthala&nbsp;\u00bb<\/em> de Mohamed Toihiri qui aborde, entre autres, un sujet f\u00e9d\u00e9rateur : celui du sentiment amoureux, d\u2019autant que les temps s\u2019y pr\u00eatent parfaitement (jeux olympiques, paralympiques, mariages\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sujet universel&nbsp;y est expos\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s complexe&nbsp;: Idi Wa Mazamba vit en couple avec Kassabou Wa Wussinde, mais il entretient simultan\u00e9ment une relation avec Aub\u00e9ri de Kadiftchene.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mis\u00e8re conjugale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 une histoire, \u00e0 premi\u00e8re vue, bien \u00e9trange, car le couple form\u00e9 par Mazamba et Kassabou devrait <em>a priori<\/em> fonctionner. Un m\u00e9decin comorien d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es a fond\u00e9 aux Comores dans les ann\u00e9es 1980 une famille avec une jeune femme coquette, propri\u00e9taire d\u2019une belle maison et qui, en plus, lui a offert une fille joyeuse qui ravit son p\u00e8re. Sauf que l\u2019on se rend compte assez rapidement que la b\u00e2tisse affiche de gigantesques failles impossibles \u00e0 colmater.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pour cause&nbsp;? La femme est pr\u00e9sent\u00e9e comme stupide, inculte, d\u00e9sagr\u00e9able, sournoise, n\u00e9gative, m\u00e9prisante, pleurnicheuse, insultante, m\u00e9disante, jalouse, orgueilleuse, \u00e9touffante, pessimiste, mat\u00e9rialiste, v\u00e9nale, fondamentaliste, dominatrice, manquant de tendresse et d\u2019attention, refusant le bonheur induit par les petites choses de la vie et\u2026 gla\u00e7ante au lit&nbsp;! Elle fait partie, en outre, de ces personnes consid\u00e9rant qu\u2019avouer son amour \u00e0 son mari revient \u00e0 s\u2019humilier.<\/p>\n\n\n\n<p>Mazamba, en revanche, homme m\u00fbr, solidement form\u00e9 en France, a une conception occidentale de l\u2019amour, avec un fort prisme post-soixante-huitard&nbsp;: libre, insouciant, traduit par des mots et des gestes, port\u00e9 par une sensualit\u00e9 et une sexualit\u00e9 sans tabou&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Constat implacable : Mazamba ne rencontre pas chez Kassabou l\u2019harmonie et la complicit\u00e9 qu\u2019il attendait. Il soup\u00e7onne clairement son \u00e9pouse d\u2019ignorer le sentiment amoureux, non pas par n\u00e9gligence, mais \u00e0 cause de son \u00e9ducation : \u00ab&nbsp;Elle n\u2019a jamais su aimer parce qu\u2019elle n\u2019a jamais appris ce que aimer veut dire. Elle n\u2019a jamais vu ses parents se manifester de la tendresse. M\u00eame les mots tendresse, affection et amour sont inexistants dans notre langue. On est oblig\u00e9 d\u2019aller les emprunter au fran\u00e7ais et \u00e0 l\u2019arabe. On utilise le mot \u00ab&nbsp;mahaba \u00bb. Donc elle et tant d\u2019autres Comoriennes n\u2019ont jamais su manifester leur amour&nbsp;\u00bb (p. 162). Le narrateur fait d\u2019ailleurs remarquer, plus loin, qu\u2019aux Comores, on forme des couples sans se demander si l\u2019on s\u2019aime ou non (p. 191). &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Remarquons en effet, au passage, que Kassabou d\u00e9veloppe une conception assez traditionnelle de l\u2019amour se r\u00e9duisant, globalement pour la femme, \u00e0 \u00eatre une bonne domestique et \u00e0 refuser son corps \u00e0 tout homme ill\u00e9gitime&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelles autres preuves d\u2019amour veux-tu [Kassabou s\u2019adresse \u00e0 sa m\u00e8re], alors qu\u2019on ne lui a jamais dit que j\u2019ai couch\u00e9 avec quelqu\u2019un de sa classe d\u2019\u00e2ge, il a toujours trouv\u00e9 pr\u00eat le repas lorsqu\u2019il rentre \u00e0 la maison, ses v\u00eatements ont toujours \u00e9t\u00e9 impeccablement lav\u00e9s et repass\u00e9s&nbsp;! Han dis-moi s\u2019il y a d\u2019autres preuves d\u2019amour&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p.189).<\/p>\n\n\n\n<p>On comprend parfaitement que dans ses conditions les deux \u00e9poux ne pr\u00e9tendaient pas du tout aux m\u00eames choses&nbsp;: \u00ab&nbsp;Kassabou ne l\u2019avait jamais compris, ni encourag\u00e9 dans ses aspirations. Au contraire elle faisait tout pour l\u2019\u00e9touffer, pour le priver des menus plaisirs de la vie tel qu\u2019aller \u00e0 la plage, au restaurant. Sortir pour aller voir une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre lui \u00e9tait toujours apparu comme de l\u2019argent perdu. Chaque fois qu\u2019ils \u00e9taient invit\u00e9s quelque part, elle y allait avec la ferme intention de g\u00e2cher cette soir\u00e9e par son attitude faite de silence, de regards en coin, de l\u00e8vres pinc\u00e9es, de refus de partager la convivialit\u00e9 ambiante. La fantaisie, l\u2019inattendu et le sourire gratuit lui \u00e9taient inconnus&nbsp;\u00bb (p. 178).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Satisfaction adult\u00e9rine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est donc pas \u00e9tonnant que Mazamba cherche son bonheur ailleurs&nbsp;!&nbsp; Au bout de dix ans de vie commune, le quadrag\u00e9naire d\u00e9cide de mettre fin \u00e0 son union avec Kassabou Wa Wussinde en se tournant vers Aub\u00e9ri de Kadifchtene.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais de qui s\u2019agit-il&nbsp;? D\u2019une jeune femme exer\u00e7ant une profession intellectuelle rencontr\u00e9e dans une soir\u00e9e mondaine dont il tombe amoureux imm\u00e9diatement par la magie du coup de foudre facilit\u00e9 par la r\u00e9citation d\u2019un po\u00e8me de Charles Baudelaire&nbsp;! C\u2019est une personne spontan\u00e9e au rire frais, fantaisiste, affectueuse, sensuelle, tendre, amoureuse, reconnaissante, joyeuse, avenante, rassurante, audacieuse. C\u2019est aussi une redoutable guerri\u00e8re d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 lutter pour garder son amant.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils discutent <em>franchement<\/em> de <em>tout<\/em> et boivent <em>librement<\/em> diff\u00e9rentes <em>boissons<\/em> au domicile de la femme et dans un restaurant \u00e0 Anjouan o\u00f9 ils prennent, du reste, un bain de minuit <em>tout nus<\/em>. Ils vivent un moment sensuel dans un avion, puis \u00e9rotique dans une \u00e9glise \u00e0 Johannesburg.<\/p>\n\n\n\n<p>Disons-le clairement&nbsp;: Mazamba renait avec Aub\u00e9ri qui lui offre ce qu\u2019il n\u2019a jamais obtenu chez Kassabou. La Fran\u00e7aise lui manifeste et avoue son amour tandis que le Comorien, \u00e9pris \u00e9galement, lui promet de vivre avec elle aux Comores. \u00c0 la mort de Mazamba, Aub\u00e9ri, elle, pleure <em>l\u2019amant<\/em> tandis que Kassabou le <em>ministre<\/em>. La ma\u00eetresse lui offre, <em>post mortem<\/em>, le gar\u00e7on qu\u2019il n\u2019a jamais eu vivant et lui donne le pr\u00e9nom choisi par Mazamba&nbsp;: Umuri.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une pr\u00e9f\u00e9rence fran\u00e7aise&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Toute femme [est] intimement convaincue d\u2019avoir l\u2019entr\u00e9e du paradis entre les cuisses&nbsp;[\u2026] \u00bb (p.166). Voil\u00e0 une r\u00e9flexion du narrateur digne sinon d\u2019un parfait misogyne du moins d\u2019un masochiste d\u00e9complex\u00e9. S\u2019agit-il ici d\u2019une d\u00e9testation partielle ou totale de la gent f\u00e9minine&nbsp;? Ou tout simplement d\u2019une attirance pour une certaine vision du sentiment amoureux&nbsp;? Autrement dit&nbsp;: misogynie, haine des Comoriennes&nbsp;ou une attirance r\u00e9elle pour les Fran\u00e7aises ou les femmes de culture fran\u00e7aise ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une certitude&nbsp;impitoyable&nbsp;: Mazamba ne semble pas en vouloir seulement \u00e0 Kassabou. Il a l\u2019air de vouer une haine gaillarde aux Comoriennes en g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;: \u00ab&nbsp;[Il] se m\u00e9fie comme de la peste des Comoriennes. Il les trouve v\u00e9nales, fausses et ne sachant pas aimer. On ne lui conna\u00eet aucune sympathie particuli\u00e8re pour aucune des infirmi\u00e8res ou pour une autre Comorienne&nbsp;\u00bb (p.202). Elles passent, du reste, dans ce roman, pour des objets \u00ab&nbsp;confi\u00e9s&nbsp;\u00bb \u00e0 des hommes ou des marchandises dans le cadre du grand-mariage, indignes de confiance (quand bien m\u00eame elles exercent le m\u00e9tier de secr\u00e9taire&nbsp;!) et championnes en sorcellerie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et celles issues des classes sup\u00e9rieures ne recueillent pas non plus les faveurs du narrateur&nbsp;qui les pr\u00e9sente comme laides, superficielles, jalouses, manquant d\u2019identit\u00e9, de connaissances et de consistance, cherchant \u00e0 ressembler absolument aux bourgeoises fran\u00e7aises, tentant vainement de parler le fran\u00e7ais le plus distingu\u00e9 possible&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les femmes de ces messieurs [les bourgeois], ces \u00e9pouvantails emperruqu\u00e9s et empoudr\u00e9s, aux baroques coiffures d\u00e9cr\u00eap\u00e9es et rallong\u00e9es, ressemblant \u00e0 des vieilles cr\u00e9oles avachies, croulaient sous le poids des louis d\u2019or, des souverains et des <em>paounis<\/em>&nbsp;\u00bb (p.241).<\/p>\n\n\n\n<p>Une concession notable tout de m\u00eame&nbsp;: les Anjouanaises b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019admiration de Mazamba qui les consid\u00e8re comme belles, sensuelles, s\u00e9duisantes et excitantes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les femmes [anjouanaises] laissent transpara\u00eetre dans la profondeur de leurs yeux une innocence perverse&nbsp;; leur d\u00e9marche est une rythmique pendant que leur sourire traduit une bont\u00e9 c\u00e2line et leur intonation des pans d\u2019utopie.&nbsp;\u00bb (p.23). Elles sont, en plus, agr\u00e9ables au lit&nbsp;(p.163)&nbsp;! Le narrateur pousse d\u2019ailleurs l\u2019admiration jusqu\u2019\u00e0 l\u2019id\u00e9alisation au point de s\u2019approprier un clich\u00e9 national&nbsp;: celui qui assimile l\u2019Anjouanaise aux femmes du paradis, les fameuses <em>houris<\/em>. Rien que \u00e7a&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Alors&nbsp;? La femme comorienne ignore-t-elle le sentiment amoureux&nbsp;? L\u2019amour heureux est-il, exclusivement, une affaire fran\u00e7aise&nbsp;? Peut-\u00eatre qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une question de <em>nationalit\u00e9,<\/em> mais de <em>d\u00e9calage culturel<\/em>&nbsp;: une relation paisible, complice et harmonieuse s\u2019enracine difficilement dans un couple o\u00f9 les partenaires ne disposent pas des m\u00eames <em>codes culturels<\/em> et donc des m\u00eames <em>attentes, aspirations<\/em> et <em>pr\u00e9occupations<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Dr Nassurdine Mhoumadi revient sur \u00ab&nbsp;Le Kafir du Karthala&nbsp;\u00bb de Mohamed Toihir. Le roman l\u2019a \u00e9galement marqu\u00e9 par la conception de l\u2019amour que le narrateur nous laisse entrevoir. 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