{"id":10797,"date":"2024-07-22T23:21:05","date_gmt":"2024-07-22T20:21:05","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10797"},"modified":"2024-07-22T23:21:06","modified_gmt":"2024-07-22T20:21:06","slug":"la-difficulte-detre-une-femme-la-perle-des-comores-destin-danjouanaise-de-coralie-frei","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/la-difficulte-detre-une-femme-la-perle-des-comores-destin-danjouanaise-de-coralie-frei\/","title":{"rendered":"La difficult\u00e9 d\u2019\u00eatre une femme. \u00ab\u00a0La perle des Comores. Destin d\u2019Anjouanaise\u00a0\u00bb de Coralie Frei"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Voyageons sous les tropiques au c\u0153ur de l\u2019ile d\u2019Anjouan qui a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e \u00ab\u00a0La perle des Comores\u00a0\u00bb par un touriste \u00e0 l\u2019\u00e2me po\u00e9tique. C\u2019est cette appellation qu\u2019a choisie Coralie Frei pour son deuxi\u00e8me livre\u00a0: \u00ab\u00a0La perle des Comores. Destin d\u2019Anjounaise\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Mahe Mouri. Po\u00e9tesse, auteure de \u00ab\u00a0Naniho\u00a0\u00bb, Coelacanthe, 2020.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La perle des Comores. Destin d\u2019Anjounaise&nbsp;\u00bb est un roman \u00e9crit par Coralie Frei, native d\u2019Ouani. Il est paru en 2010 aux \u00e9ditions \u00ab&nbsp;Le Manuscrit&nbsp;\u00bb. La page de couverture montre une femme qui marche aux abords d\u2019une plage, portant un paquet de bois sur la t\u00eate et v\u00eatue d\u2019un pagne africain, un<strong><em>&nbsp;saluva&nbsp;<\/em><\/strong>d\u00e9fraichi et color\u00e9.Au loin, on aper\u00e7oitune bande de terreilienne bois\u00e9e refl\u00e9tant un vert sombre qui contraste avec la clart\u00e9 du ciel bleu. C\u2019est sur ce paysage enchanteur que Coralie nous invite \u00e0 la suivre, chez elle \u00e0 Anjouan.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9cit renvoie d\u00e8s les premiers chapitres plein d\u2019images fid\u00e8les \u00e0 sa couverture. Une r\u00e9trospective presque cin\u00e9matographique des Comores \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019archipel \u00e9tait une colonie fran\u00e7aise. On peut le lire sur un passage o\u00f9 l\u2019auteur \u00e9crit<em>&nbsp;: <\/em>\u00ab&nbsp;L\u2019ile d\u2019Anjouan, comme ses trois s\u0153urs Comores, constituait un grand morceau de la France (cf. p41). C\u2019est avec une nostalgie \u00e0 peine cach\u00e9e et une grande amertume que l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;La perle des Comores Destin d\u2019Anjouanaise \u00bb donne la voix \u00e0 Catidja Amal, le personnage principal du roman, pour raconter son enfance.<\/p>\n\n\n\n<p>La t\u00e2che de faire un r\u00e9sum\u00e9 de ce livre n\u2019est pas ais\u00e9e, mais ce n\u2019est pas notre but. La narratrice nous livre un long r\u00e9cit de pas moins de 373 pages. Mais &nbsp;malgr\u00e9 l\u2019\u00e9paisseur \u00e9vidente du livre, il serait dommage pour le lecteur de sauter des pages, car chaque ligne et chaque paragraphe qui sont \u00e9crits ici, renferment en eux une sonorit\u00e9 assez rare. Aussi est-il important de suivre l\u2019ordre chronologique employ\u00e9 par l\u2019auteur, afin de savourer tous les th\u00e8mes que son livre aborde. En effet, les mots de Catidja Amal sont tr\u00e8s m\u00e9lodieux, d\u2019autant plus qu\u2019elle choisit d\u2019articuler son histoire par des po\u00e8mes. Cette approche rend le livre particuli\u00e8rement accrocheur. On n\u2019a pas envie de rater une seule miette de cette \u00e9pop\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Catidja s\u2019exprime dans un fran\u00e7ais simple et facile \u00e0 comprendre pour tous. Sa voix tant\u00f4t plaintive, tant\u00f4t assur\u00e9e, devient symbolique de l\u2019enfant comorienne des quatre iles et semble toiser sans insolence la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle elle est n\u00e9e. Elle adopte un ton tr\u00e8s convivial qui donne l\u2019impression au lecteur de faire partie du tableau. Suivre les mots de Catidja Amal, c\u2019est devenir son proche ou le parent attentionn\u00e9 qu\u2019elle n\u2019a jamais eu. Elle fait de vous un confident \u00e0 qui elle peut raconter son calvaire longtemps t\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, l\u2019enfant d\u00e9crit son cadre familial difficile, marqu\u00e9 par son sentiment d\u2019abandon&nbsp;: le d\u00e9part planifi\u00e9 de sa m\u00e8re Faty, qui l\u2019abandonne, elle et sa s\u0153ur Anna entre les mains de Badjini, leur p\u00e8re tyrannique. Elle sera plac\u00e9e sous la maltraitance de Badjini (le diable en shiKomori) et soumise aux traditions iliennes contraignantes et abusives comme ceux du syst\u00e8me de l\u2019\u00e9cole coranique. Sans ambages Catidja d\u00e9nonce un climat social qui est oppresseur pour la fille\/femme comorienne. Le titre du premier chapitre du livre renvoie \u00e0 une grande exasp\u00e9ration&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle poisse d\u2019\u00eatre une fille \u00e0 Anjouan&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le quatri\u00e8me chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Le plus beau jour de ma vie&nbsp;\u00bb, Catidja adopte un ton plus enthousiaste. Malgr\u00e9 l\u2019omnipr\u00e9sence de Badjini, son diable de p\u00e8re, elle est inscrite \u00e0 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise qui ne faisait pas partie des habitudes de l\u2019\u00e9poque. De fa\u00e7on inattendue, c\u2019est son paternel qui va lui offrir ce cadeau inesp\u00e9r\u00e9.&nbsp; Ce revirement soudain va bouleverser enti\u00e8rement l\u2019existence de Catidja. \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9cole de Charlemagne&nbsp;\u00bb, telle que surnomm\u00e9e par Badjini, procure \u00e0 Catidja un plaisir inou\u00ef. Elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9cole. Je l\u2019aimai d\u00e8s cet instant. Tr\u00e8s rapidement elle allait devenir mon passe-temps, mon refuge, ma confidente et mon amie.&nbsp;\u00bb (p. 53)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc entre les rentr\u00e9es scolaires et les vacances que Catidja poursuit son existence et suit les al\u00e9as de son destin d\u2019Anjouanaise \u00e0 Gu\u00e9r\u00e9zani, son lieu de naissance. Elle relate avec pr\u00e9cision le cadre dans lequel elle a grandi&nbsp;: La cabane o\u00f9 elle dormait, la rivi\u00e8re o\u00f9 elle se baignait, les plantations d\u2019Ylang-ylang o\u00f9 elle se retrouvait les samedis pour la cueillette entonnant la chanson \u00e9pique \u00ab&nbsp;Gnora ya Mouchia&nbsp;\u00bb (p.79), l\u2019unique dispensaire du village qui \u00ab&nbsp;sentait le mercurochrome&nbsp;\u00bb (p.48), la place publique de Gu\u00e9r\u00e9zani o\u00f9 hommes et femmes se retrouvaient pour faire une pri\u00e8re collective en toute circonstance&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Le chidjabou \u00e9tait \u00e0 l\u2019honneur en toutes circonstances dans l\u2019ile\u2026 en cas de fortes intemp\u00e9ries, au moment des foudroyantes \u00e9pid\u00e9mies de Chol\u00e9ra\u2026 Lors d\u2019un \u00e9v\u00e8nement nouveau comme l\u2019apparition d\u2019un satellite dans le ciel\u2026&nbsp;\u00bb (p.104).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si Catidja n\u2019a rien oubli\u00e9 des petits bonheurs qui faisaient la vie de son village, elle garde aussi un souvenir douloureux des vices et abus de certains hommes. Outre Badjini qui la traumatise chaque jour, elle est expos\u00e9e \u00e0 des pr\u00e9dateurs sexuels qui semblent ne pas se soucier de l\u2019\u00e2ge innocent qu\u2019elle avait. Dans le chapitre 8 intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Satan frappe \u00e0 la porte&nbsp;\u00bb, elle d\u00e9crit avec une parfaite minutie la sc\u00e8ne de son premier viol. Le chapitre 9 rench\u00e9rit aussi avec un titre pas des moins insolites&nbsp;\u00ab&nbsp;Purifier pour mieux souiller&nbsp;\u00bb. Elle raconte avec un grand d\u00e9gout, comment un marabout qui \u00e9tait cens\u00e9 l\u2019exorciser va chercher par toutes les ruses possibles \u00e0 lui imposer des actes sexuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 toutes ces r\u00e9alit\u00e9s d\u00e9gradantes et invivables, Catidja, qui est dot\u00e9e d\u2019une grande intelligence, va planifier sa fuite. Son ile natale et ses habitants lui causant trop de malheurs, elle va naturellement opter pour partir ailleurs. Cette d\u00e9cision est annonc\u00e9e dans le 12<sup>e<\/sup> chapitre \u00ab&nbsp;L\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an&nbsp;\u00bb, et devient ferme et irr\u00e9vocable dans le chapitre 18&nbsp;\u00ab&nbsp;Objectif&nbsp;: La m\u00e9tropole&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9termin\u00e9e \u00e0 quitter son enfer, Catidja va employer tous ses efforts pour d\u00e9crocher son baccalaur\u00e9at, seul passeport possible pour l\u2019outremer qu\u2019elle s\u2019imagine \u00eatre un eldorado. D\u00e9fiant inconsciemment les lois du&nbsp;Dieu comorien qui pr\u00e9voit comme seul destin possible pour la femme anjouanaise de se marier et d\u2019enfanter, Catidja va se lancer dans la qu\u00eate de sa libert\u00e9. Le titre du dernier chapitre du livre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019aile de la libert\u00e9&nbsp;\u00bb l\u2019illustre bien. Sans le savoir, Catidja Amal, fille de Badjini, n\u00e9e \u00e0 Ouani, est en train de changer l\u2019histoire de son village et de son pays&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voyageons sous les tropiques au c\u0153ur de l\u2019ile d\u2019Anjouan qui a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e \u00ab\u00a0La perle des Comores\u00a0\u00bb par un touriste \u00e0 l\u2019\u00e2me po\u00e9tique. C\u2019est cette appellation qu\u2019a choisie Coralie Frei pour son deuxi\u00e8me livre\u00a0: \u00ab\u00a0La perle des Comores. Destin d\u2019Anjounaise\u00a0\u00bb. Par Mahe Mouri. Po\u00e9tesse, auteure de \u00ab\u00a0Naniho\u00a0\u00bb, Coelacanthe, 2020. \u00ab&nbsp;La perle des Comores. 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