{"id":10748,"date":"2024-07-09T22:03:15","date_gmt":"2024-07-09T19:03:15","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10748"},"modified":"2024-07-09T22:03:16","modified_gmt":"2024-07-09T19:03:16","slug":"maratre-de-salim-hatubou-ou-de-lenfance-de-lauteur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/maratre-de-salim-hatubou-ou-de-lenfance-de-lauteur\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Mar\u00e2tre\u00a0\u00bb de Salim Hatubou, ou de l\u2019enfance de l\u2019auteur"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Je n&#8217;ai h\u00e9las pas eu le privil\u00e8ge de conna\u00eetre Salim Hatubou de son vivant. Mais j&#8217;ai lu Mar\u00e2tre ! Ce livre n\u2019est certainement qu\u2019un pan de l\u2019histoire de ce talentueux \u00e9crivain, le plus prolifique des Comores de nos jours. Dix ans apr\u00e8s sa mort, Mar\u00e2tre m\u2019a permis de plonger dans l\u2019univers de Salim Hatubou.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mounawar Ibrahim, auteur de \u00ab\u00a0POUR UNE PLACE AU SOLEIL\u00a0\u00bb, roman de soci\u00e9t\u00e9\u00a0 paru aux \u00e9ditions C\u0153elacanthe, 2019.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">\u00c0 travers Mar\u00e2tre, Salim Hatubou, nous invite dans sa vie, son enfance afin que nous puissions avoir acc\u00e8s \u00e0 une partie de son v\u00e9cu.&nbsp; Le lecteur per\u00e7oit combien cet homme, qui nous a tant \u00e9merveill\u00e9s par ses \u00e9crits, a d\u00fb lutter pour devenir celui dont on parle aujourd\u2019hui. Sa vie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 un long fleuve tranquille o\u00f9 baignaient ses r\u00eaves les plus fous.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une autobiographie \u00ab&nbsp;intimiste&nbsp;\u00bb dans laquelle Salim Hatubou nous livre un t\u00e9moignage d&#8217;une profondeur inou\u00efe sur son enfance. D\u00e9j\u00e0, le choix d&#8217;un \u00e9crit autobiographique est saisissant d\u00e8s lors que l&#8217;auteur se savait li\u00e9 par un pacte de v\u00e9rit\u00e9 et d&#8217;authenticit\u00e9 avec ses lecteurs et lectrices. Sans oublier les quelques exc\u00e8s que tout auteur peut se permettre dans ce genre litt\u00e9raire fr\u00f4lant&nbsp;&nbsp; m\u00eame l\u2019autofiction. Il nous a donn\u00e9 acc\u00e8s \u00e0 sa vie avec un r\u00e9cit bouleversant qui nous prend forc\u00e9ment au c\u0153ur. M\u00eame aux \u00e2mes insensibles.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire prend vit \u00e0 Marseille, dans les quartiers nord o\u00f9 le h\u00e9ros a rejoint son p\u00e8re \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 11 ans. Orphelin d\u2019une m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e lors d&#8217;une \u00e9pid\u00e9mie qui a s\u00e9vi aux Comores, Salim se retrouve dans une nouvelle famille recompos\u00e9e o\u00f9 il est confront\u00e9 \u00e0 la cruaut\u00e9 et au rejet de sa belle-m\u00e8re, qu&#8217;il nomme si justement \u00ab&nbsp;mar\u00e2tre&nbsp;\u00bb, de son demi-fr\u00e8re Fabien et de sa demi-s\u0153ur Nathalie. Au tout premier contact, le ton \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9. L&#8217;enfant allait \u00eatre martyris\u00e9. Ils le surnomment, avec un humour m\u00e9chant, \u00ab&nbsp;Dendehors&nbsp;\u00bb en raison de ses dents pro\u00e9minentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Son enfance est depuis cet instant-l\u00e0, marqu\u00e9e par la souffrance et l&#8217;injustice, tandis que son p\u00e8re reste passif face \u00e0 ces abus, une inaction qui marqua Salim au m\u00eame titre que les supplices dont il \u00e9tait victime. D&#8217;ailleurs, \u00e0 la lecture du cas de son p\u00e8re, je n&#8217;ai pas pu m&#8217;emp\u00eacher de penser \u00e0 Martin Luther King lorsqu&#8217;il disait \u00ab&nbsp;qu&#8217;\u00e0 la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis&nbsp;\u00bb. Le p\u00e8re, figure d\u2019autorit\u00e9, avait la mission de tenir la famille dans les rails. C\u2019\u00e9tait \u00e0 lui de faire cesser tout supplice que subissait son fils qu\u2019il a lui-m\u00eame fait venir en France.&nbsp; H\u00e9las, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9faillant. Il a failli. Mais il est \u00e0 souligner que le p\u00e8re de Dendehors n&#8217;\u00e9tait pas isol\u00e9 dans son cas. Il est admis par beaucoup de Comoriens qu&#8217;en France, c&#8217;est la femme qui tient la boutique dans la communaut\u00e9 comorienne. Pour demander quelque chose \u00e0 un oncle expatri\u00e9 en France, il faut \u00eatre l&#8217;ami de sa femme. Et quand il te fait un mandat, c&#8217;est \u00e0 Madame qu&#8217;il faut adresser les remerciements. Un fait auquel nos sociologues devront nous apporter des \u00e9claircissements. Pour beaucoup, cela reste un myst\u00e8re. Dans ce livre, il y a un chapitre intitul\u00e9 &#8220;la bourse ou la vie&nbsp;\u00bb qui m&#8217;a particuli\u00e8rement marqu\u00e9. Ici la m\u00e9chancet\u00e9 et la cruaut\u00e9 de Mar\u00e2tre sont mises \u00e0 nu.&nbsp;&nbsp;Elle a, avec une agressivit\u00e9 dont elle avait elle seule le secret, interpell\u00e9 Dendehors pour lui reprocher une bourse d\u00e9partementale non obtenue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est pass\u00e9 o\u00f9, cet imb\u00e9cile&nbsp;? Il est o\u00f9&nbsp;? <a>Dendehors se pr\u00e9sente parce qu\u2019il sait que s\u2019il se faisait attendre, il aura le double des gifles.<\/a> Le voil\u00e0 debout devant mar\u00e2tre, t\u00eate baiss\u00e9e, les bras crois\u00e9s derri\u00e8re le dos. Fr\u00e8re Fabien et s\u0153ur Nathalie retiennent leur souffle et attendent la mise \u00e0 mort (\u2026).&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quoi&nbsp;? Qu\u2019est ce que tu dis&nbsp;? demande Mar\u00e2tre en prenant Dendehors par le cou. Elle plaque le gamin contre le mur tandis que s\u0153ur Nathalie l\u2019encourage&nbsp;: &#8211; Vas-y maman, d\u00e9monte-le&nbsp;! Vas-y&nbsp;! \u00bb. Ce passage illustre tristement, mais avec aisance le statut de souffre-douleur et d\u2019enfant maltrait\u00e9 qu\u2019il avait dans le foyer familial cens\u00e9 favoriser son cheminement \u00ab&nbsp;loin de l\u2019enfer comorien&nbsp;\u00bb. Le r\u00eave fran\u00e7ais devient un cauchemar intenable.&nbsp; Et des sc\u00e8nes similaires sont l\u00e9gion dans le r\u00e9cit. Comme le jour o\u00f9 il dut descendre de la voiture qui les amenait \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria&nbsp; pour rentrer seul \u00e0 la maison, car son p\u00e8re a eu la malheureuse id\u00e9e de donner \u00ab&nbsp;beaucoup&nbsp;\u00bb d\u2019argent \u00e0 Francine, amie de&nbsp; Dendehors pour une histoire de cinquante centimes de frais de bus. \u00ab&nbsp;Allez, toi, l\u00e0, tu descends&nbsp;! Fais le compte&nbsp;: dix francs moins cinquante centimes, \u00e7a fait neuf francs et quatre-vingt-quinze centimes. C\u2019est avec \u00e7a que tu aurais mang\u00e9 \u00e0 la caf\u00e9t\u00e9ria&nbsp;! Allez, descends et rentre \u00e0 la maison&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la seule lecture du titre du livre, le lecteur sait d\u00e9j\u00e0 qu&#8217;il est question d\u2019une belle-m\u00e8re qui n&#8217;est pas vant\u00e9e pour ses qualit\u00e9s humaines. Encore moins sa bienveillance. Mar\u00e2tre signifiant \u00ab&nbsp;mauvaise belle-m\u00e8re&nbsp;\u00bb ou m\u00eame \u00ab&nbsp;mauvaise m\u00e8re&nbsp;\u00bb. L\u2019enfant \u00e9tait pourtant loin d\u2019imaginer ce qui l\u2019attendait en France. Mis \u00e0 part le fait qu\u2019il rejoignait un monde des possibles, un monde o\u00f9 on mange \u00e0 sa faim, il avait re\u00e7u une lettre pr\u00e9tendument \u00e9crite par sa belle-m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon fils (je t\u2019appelle mon fils parce que le fils de mon mari sera toujours mon fils)\u2026 Nous t\u2019attendons tous\u2026&nbsp;\u00bb. Il avait na\u00efvement cru \u00e0 ces mots \u00e9crits par son propre p\u00e8re qui voulait tout simplement greffer un c\u0153ur \u00e0 sa femme qui n\u2019en avait visiblement pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons que le d\u00e9nouement de cette histoire est act\u00e9 par les services sociaux qui sont intervenus pour placer l\u2019enfant. Et Mar\u00e2tre est rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 sa r\u00e9putation jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re seconde. Lorsqu\u2019elle a vu Dendehors qui avait fugu\u00e9 pendant un moment, devant la porte, elle n\u2019a pas pu s\u2019emp\u00eacher de l\u2019agresser sans savoir qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas seul, mais accompagn\u00e9. Elle a ainsi offert aux agents la preuve de maltraitance d\u2019enfant dont ils avaient besoin pour la proc\u00e9dure. Pendant ce temps, Dendehors avait un seul regret sur le chemin du d\u00e9part&nbsp;: ne pas avoir pu dire au revoir \u00e0 son pauvre p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, il me reste des questions auxquelles on ne r\u00e9pondra jamais.&nbsp; A-t-il par exemple piss\u00e9 pour de vrai sur la boisson des sorci\u00e8res, Mar\u00e2tre et ses amies&nbsp;? J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il l\u2019a vraiment fait. Elles le m\u00e9ritaient bien. Plut\u00f4t, elle le m\u00e9ritait bien.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je n&#8217;ai h\u00e9las pas eu le privil\u00e8ge de conna\u00eetre Salim Hatubou de son vivant. Mais j&#8217;ai lu Mar\u00e2tre ! Ce livre n\u2019est certainement qu\u2019un pan de l\u2019histoire de ce talentueux \u00e9crivain, le plus prolifique des Comores de nos jours. Dix ans apr\u00e8s sa mort, Mar\u00e2tre m\u2019a permis de plonger dans l\u2019univers de Salim Hatubou. 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