{"id":10729,"date":"2024-07-01T18:57:46","date_gmt":"2024-07-01T15:57:46","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10729"},"modified":"2024-07-01T18:57:47","modified_gmt":"2024-07-01T15:57:47","slug":"ngani-la-cite-des-djinns-un-classique-passe-inapercu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/ngani-la-cite-des-djinns-un-classique-passe-inapercu\/","title":{"rendered":"NGANI, LA CIT\u00c9 DES DJINNS, un classique pass\u00e9 inaper\u00e7u"},"content":{"rendered":"\n<p>Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, Masiwa offre \u00e0 ses lecteurs des coups de c\u0153urs de personnalit\u00e9s sur une \u0153uvre de la litt\u00e9rature comorienne. C\u2019est l\u2019\u00e9crivain Adjma\u00ebl Halidi qui ouvre le bal avec une \u0153uvre inattendue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Adjima\u00ebl HALIDI, sociologue et \u00e9crivain<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des go\u00fbts et des couleurs, on ne discute pas. Absolument. Qui plus est, s\u2019il est question de livre litt\u00e9raire: ce pr\u00e9cieux objet dont, selon le sens commun, la pr\u00e9f\u00e9rence ne se d\u00e9cide pas selon des crit\u00e8res rationnels. Il est donc commun\u00e9ment admis qu\u2019appr\u00e9cier ou ne pas appr\u00e9cier un livre litt\u00e9raire d\u00e9pend de la sensibilit\u00e9 propre \u00e0 chacun. Soit, je veux bien le croire. M\u00eame si, je vais me permettre dans ces lignes d\u2019aller, malgr\u00e9 tout, \u00e0 contre-courant du sens commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec le recul des ann\u00e9es, j\u2019ai fini par \u00eatre persuad\u00e9 qu\u2019il y a de bon et des mauvais livres de fiction. Et pour qu\u2019un livre soit de qualit\u00e9, il doit accorder une place certaine au lieu, ou plut\u00f4t \u00e0 l\u2019espace qui l\u2019a vu na\u00eetre. Effectivement, il est question ici d\u2019une unit\u00e9 de mesure, d\u2019un point de rep\u00e8re servant \u00e0 \u00e9tablir une limite entre ce qui est litt\u00e9rairement acceptable et ce qui est litt\u00e9rairement inacceptable. Cette unit\u00e9 de mesure n\u2019a rien \u00e0 voir avec le style \u2013 le style est, sans aucun doute, ce que l\u2019homme a de plus personnel, de plus subjectif. En parlant d\u2019unit\u00e9 de mesure en litt\u00e9rature, il s\u2019agit d\u2019une norme avec laquelle le contenu d\u2019un livre litt\u00e9raire s\u2019accorde. Des lieux communs, en quelque sorte. En somme, ce \u00ab m\u00e9ridien de Greenwich litt\u00e9raire \u00bb que souligne Casanova (2008 : 135) et qui permet de tracer une ligne de d\u00e9marcation entre les \u0153uvres litt\u00e9raires qui appartiennent ou pas \u00e0 un espace litt\u00e9raire pr\u00e9cis. Effectivement, pour qu\u2019il ait des lieux communs ou des points de rep\u00e8re dans un espace litt\u00e9raire donn\u00e9, il faut d\u2019abord commencer par d\u00e9limiter ledit espace litt\u00e9raire, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9finir des normes, des valeurs et des croyances auxquelles les acteurs de cet espace (\u00e9crivains, \u00e9diteurs, lecteurs, critiques, etc.) sont cens\u00e9s adh\u00e9rer. Ce fameux \u00ab capital litt\u00e9raire \u00bb, qui repose sur des repr\u00e9sentations commun\u00e9ment partag\u00e9es, et qui constitue un important enjeu dans tout espace litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai bien conscience que certaines personnes ont s\u00fbrement compris de quoi il est question dans ce bref article. Effectivement j\u2019essaie de d\u00e9finir un objet qui n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par les sp\u00e9cialistes en la mati\u00e8re, \u00e0 savoir l\u2019espace litt\u00e9raire comorien. D\u2019o\u00f9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette question: \u00ab L\u2019espace litt\u00e9raire comorien, de quoi s\u2019agit-il ? \u00bb. Dor\u00e9navant, le fait que l\u2019espace litt\u00e9raire comorien n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9limit\u00e9, th\u00e9oriquement parlant, provoque maintes discriminations, qui s\u2019apparentent \u00e0 des injustices \u00ab \u00e9pist\u00e9mique \u00bb (Bhargava, 2023) et \u00ab \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb (de Sousa Santos, 2016). L\u2019exemple de ces trois \u0153uvres majeures rest\u00e9es inclassables pendant longtemps, d\u00e9montre les cons\u00e9quences f\u00e2cheuses du d\u00e9faut de d\u00e9limitation d\u2019un espace litt\u00e9raire : Testaments de transhumance de Saindoune Ben Ali (1996) pass\u00e9 inaper\u00e7u \u00e0 La R\u00e9union o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9, Br\u00fblante est ma terre d\u2019Abdou Salam Baco (1991) consid\u00e9r\u00e9 maladroitement voire h\u00e2tivement comme une \u0153uvre de r\u00e9crimination par Isabelle Mohamed (2011 ; cf. Cosker, 2020), Le sang de l\u2019ob\u00e9issance de Salim Hatubou (1996) qui n\u2019a jamais obtenu la reconnaissance litt\u00e9raire qu\u2019il a toujours m\u00e9rit\u00e9e ou, enfin, Ngani, la cit\u00e9 des djinns de Mohamed Elamine Sa\u00efd Abdoulhalim, un classique pass\u00e9 inaper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, la non-existence d\u2019un espace litt\u00e9raire bien d\u00e9limit\u00e9 et automne aux Comores occasionne la marginalisation d\u2019\u0153uvres importantes, qui passent pour des intrus dans d\u2019autres espaces litt\u00e9raires ailleurs ou pour des navets dans leur propre espace. Il est donc primordial de circonscrire l\u2019espace litt\u00e9raire comorien en d\u00e9finissant des r\u00e8gles et des normes sp\u00e9cifiques \u00e0 cet espace, afin de sauver les \u0153uvres de l\u2019oubli et de l\u2019indiff\u00e9rence. Toutes choses \u00e9gales par ailleurs, un espace litt\u00e9raire diff\u00e8re du champ litt\u00e9raire tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par Sapiro (2013) et Leperlier (2018). L\u2019espace litt\u00e9raire, qui est plus \u00e9tendu, est form\u00e9 de champs litt\u00e9raires dont les dimensions sont de moindre importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Arrive, in fine, le moment o\u00f9 je dois r\u00e9pondre \u00e0 la question qui m\u2019a initialement \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e : \u00ab Quel est mon livre litt\u00e9raire comorien pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ? \u00bb Sans h\u00e9sitation, ma r\u00e9ponse est Ngani, la cit\u00e9 des djinns de Mohamed Elamine Said Abdoulhalim, paru chez Kom\u00c9dit en 2004. Ce bref r\u00e9cit se d\u00e9marque par sa mani\u00e8re d\u2019entreprendre une litt\u00e9rature \u00e0 l\u2019image de l\u2019imaginaire comorien. Ce modus operandi proc\u00e8de par la construction d\u2019une formation narrative et discursive nouvelle, \u00e0 l\u2019origine d\u2019une litt\u00e9rature nouvelle qui prend racine dans les structures de base de l\u2019imaginaire comorien. Par imaginaire comorien, il est question du monde du visible et de l\u2019invisible. D\u2019une mani\u00e8re concise, Ngani, la cit\u00e9 des djinns a amorc\u00e9 une \u00ab rupture \u00bb \u2013 dans le sens de Mignolo (1975) \u2013 dans la production litt\u00e9raire comorienne. Cette \u00ab rupture \u00bb paradigmatique se mat\u00e9rialise par l\u2019importante place que l\u2019auteur accorde au monde de l\u2019invisible (en l\u2019esp\u00e8ce celui des djinns), un monde qui fait amplement partie de l\u2019imaginaire comorien. Ce faisant, l\u2019auteur nous offre un r\u00e9cit totalement comorien, par sa narration et aussi par son ADN ontologique. Ce modus operandi d\u00e9voile un projet litt\u00e9raire, anim\u00e9 par le besoin pressant de cr\u00e9er des \u00ab patries imaginaires \u00bb, ce qui rappelle les \u00ab Indes de l\u2019esprit \u00bb de Rushdie (1995 : 20). En effet, il serait maladroit de faire de Mohamed Elamine Said Aboulhalim le pionnier de la mise en exergue du r\u00e9alisme comorien. Dans Le Sang de l\u2019ob\u00e9issance, Hatubou convoque les shipvuli (\u00e2mes errantes des morts) et dans Testaments de transhumance Ben Ali prend \u00e0 t\u00e9moin les \u00ab Esprits des Lunes \u00bb, t\u00e9moigne ainsi la r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab assiettes de fa\u00efence \u00bb (p. 26). Cependant, pour paraphraser respectivement Sartre (1985 : 31) et Boulaga (1977 : 214), Mohamed Elamine Said Abdoulhalim \u00ab a choisi de d\u00e9voiler le monde \u00bb comorien tel qu\u2019il est, en faisant de son art litt\u00e9raire \u00ab le fils de son temps \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis la parution de Ngani, la cit\u00e9 des djinns en 2004, des \u0153uvres litt\u00e9raires ont prolong\u00e9 la rupture paradigmatique en mat\u00e9rialisant le r\u00e9alisme comorien. D\u00e9sormais, les Comores de l\u2019esprit se trouvent dans \u00c9vanescence d\u2019Adjma\u00ebl Halidi (2019) et Le feu du Milieu de Touhfat Mouhtare (2022). Au moyen de la polyonomasie, les deux ouvrages transportent les lecteurs dans la pluralit\u00e9 des mondes qui structurent l\u2019univers comorien, \u00e0 savoir les mondes du visible et de l\u2019invisible. Les all\u00e9es et venues entre un monde concret et un monde imaginaire \u00e0 l\u2019aide de la polyonomasie a permis \u00e0 Miguel de Cervantes de saisir la totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9tant de Don Quichotte (cf. Bourdieu, 1984 : 43, n. 32). Aujourd\u2019hui, la polyonomasie, en tant que m\u00e9thodologie litt\u00e9raire, permet de saisir la pluralit\u00e9 des mondes qui structurent l\u2019univers comorien. Ainsi, si la d\u00e9colonisation par le biais de la litt\u00e9rature \u00abest une bataille tr\u00e8s complexe \u00bb (cf. Sa\u00efd, 2000 : 313 ; cf. wa Thiong\u2019o, 2011 et Ashcroft et alli, 2012), la polyonomasie devient-il un outil m\u00e9thodologique qui facilite la t\u00e2che aux auteurs et autrices comorien.nes postcoloniaux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, Masiwa offre \u00e0 ses lecteurs des coups de c\u0153urs de personnalit\u00e9s sur une \u0153uvre de la litt\u00e9rature comorienne. C\u2019est l\u2019\u00e9crivain Adjma\u00ebl Halidi qui ouvre le bal avec une \u0153uvre inattendue. Par Adjima\u00ebl HALIDI, sociologue et \u00e9crivain Des go\u00fbts et des couleurs, on ne discute pas. Absolument. Qui plus est, s\u2019il est question de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":10730,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[56],"tags":[427,97],"class_list":["post-10729","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","tag-edition-486","tag-trending"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10729","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=10729"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10729\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10731,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/10729\/revisions\/10731"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/10730"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=10729"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=10729"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=10729"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}