{"id":10307,"date":"2024-02-20T07:51:27","date_gmt":"2024-02-20T04:51:27","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10307"},"modified":"2024-02-21T20:19:08","modified_gmt":"2024-02-21T17:19:08","slug":"issulahi-ahamada-artiste-polymorphe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/issulahi-ahamada-artiste-polymorphe\/","title":{"rendered":"Issulahi Ahamada, artiste polymorphe"},"content":{"rendered":"\n<p>Sans v\u00e9ritable politique culturelle et m\u00eame sans enseignement de la culture et des Arts, les Comores sacrifient de nombreux talents. Ahamada Issulahi fait partie des acteurs culturels qui continuent \u00e0 exercer leur art par passion, sans se soucier de l\u2019abandon des artistes par le gouvernement.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Mahmoud Ibrahime<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je suis un artiste. Ce n\u2019est pas que je voulais \u00eatre un artiste, mais le destin a fait que je suis un artiste. Et je me sens bien. Quand j\u2019ai des soucis et que je travaille, j\u2019oublie tous mes soucis, \u00e0 l\u2019aise. \u00bb, affirme Issulahi Ahamada, artiste-peintre d\u2019abord autodidacte dans un pays sans \u00e9cole d\u2019art, avant de sortir du pays et d\u2019aller se former au S\u00e9n\u00e9gal. L\u2019artiste c\u2019est d\u2019abord celui qui se reconnait comme tel. Issulahi Ahamada assume et ce n\u2019est pas toujours \u00e9vident dans un pays o\u00f9 la peinture n\u2019a pas toujours eu une place importante.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La passion du portrait<\/strong><br>L\u2019artiste fait \u00e9norm\u00e9ment de portraits. Souvent en noir et blanc, parfois en couleur et sur commande. On a parfois l\u2019impression que la reproduction de portraits pour des clients blas\u00e9s par les photos des smartphones, ce n\u2019est pas ce qui plait le plus aux peintres. Ce n\u2019est pas le cas pour Issulahi Ahamada. \u00ab C\u2019est quelque chose que j\u2019aime \u00e9norm\u00e9ment, depuis que je suis enfant. Je le fais depuis que je suis enfant, m\u00eame si les portraits n\u2019avaient pas de ressemblance. Ce sont souvent des commandes \u00bb. Issulahi Abdallah varie la mati\u00e8re, tant\u00f4t le simple crayon noir, laissant la lumi\u00e8re se jouer des ombres pour r\u00e9v\u00e9ler les personnalit\u00e9s, tant\u00f4t c\u2019est l\u2019acrylique ou la peinture \u00e0 l\u2019huile qui lui permet de faire appara\u00eetre les teints de la peau et les couleurs chaudes des Comores. Il se revendique peintre r\u00e9aliste, bien que dans le cadre de ses \u00e9tudes, il s\u2019est exerc\u00e9 \u00e0 d\u2019autres formes de la peinture moderne comme le cubisme ou la peinture abstraite. Reproduire la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est, ce n\u2019est jamais vraiment la reproduire avec exactitude. L\u2019artiste y ajoute sa touche, sinon les gens iraient voir le photographe. La neutralit\u00e9 n\u2019existe pas non plus pour l\u2019artiste, d\u00e8s qu\u2019il saisit la r\u00e9alit\u00e9, il la transforme, il lui ajoute une autre r\u00e9alit\u00e9. Dans tous les cas, le portrait doit plaire au commanditaire et c\u2019est ce \u00e0 quoi s\u2019emploie notre artiste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Soci\u00e9t\u00e9 et traditions<\/strong><br>Mais, Issulahi Ahamada ne fait pas que des portraits. Il peint \u00e9galement les caract\u00e8res de son pays. Et le grand fr\u00e8re du village, Hamou en est persuad\u00e9, le jeune homme a trouv\u00e9 sa place parmi les peintres du pays. \u00ab Je pense qu\u2019il s\u2019est trouv\u00e9, il a trouv\u00e9 son style, son identit\u00e9, quand on voit ses tableaux, on sait que c\u2019est Issulahi \u00bb Hamou.<\/p>\n\n\n\n<p>Un p\u00eacheur qui revient de la mer avec ses richesses. L\u2019histoire \u00e9conomique et sociale avec les mythiques djahazi au kalaweni (Moroni) charg\u00e9s de marchandises, des djahazi qui n\u2019existent plus que dans les t\u00eates des plus anciens, mais qu\u2019il a capt\u00e9 avec son pinceau en 1990. Le t\u00e9moignage d\u2019un autre temps. Les riches commer\u00e7ants en kandzu et les ouvriers qui n\u2019ont que leurs bras, torse nu et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan, la mosqu\u00e9e de Moroni et les maisons de la m\u00e9dina. Et ce tableau de 2023, \u00ab Le grand mariage \u00bb, qui ne laisse pas un Comorien indiff\u00e9rent. Il est construit comme une fen\u00eatre, un regard jet\u00e9 sur le mariage comorien. L\u2019artiste a eu recours \u00e0 la peinture acrylique et a coll\u00e9 sur la toile certains objets symboliques comme une partie du collier de la mari\u00e9e et des morceaux de bois, \u00e0 la Modali, m\u00eame si ce dernier s\u2019adonne essentiellement \u00e0 l\u2019abstrait. Comme dans les tableaux de Modali, Issulahi Ahamada marie les couleurs, le blanc avec le rouge et l\u2019or en abondance. Un bandeau de shiromani traverse le centre du tableau de haut en bas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Parcours d\u2019un artiste<\/strong><br>Lorsqu\u2019il \u00e9tait enfant, dans sa ville d\u2019Itsandzeni, sur la c\u00f4te est de la Grande-Comore, Ahamada Issulahi aimait aller observer les artistes-peintres pr\u00e9sents dans son quartier. Il y avait l\u00e0, entre autres, Soilahoudine Mohamed Mouigni (qui a quitt\u00e9 le monde des artistes) et Hakim qui est devenu pour lui Papa Djabir, mais qui est connu dans le milieu artistique aux Comores et dans la diaspora en France sous le nom de Hamou. Ce dernier se rappelle aussi que le jeune Ahamada Issulahi venait les observer, leur ramenait de petits dessins pour recueillir leur avis. Il essayait de les copier. \u00ab Il \u00e9tait passionn\u00e9 par l\u2019art depuis des ann\u00e9es, depuis qu\u2019il \u00e9tait tout petit \u00bb. Sa famille n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 le dissuader de suivre des artistes-peintres, au contraire, son p\u00e8re et son oncle l\u2019ont encourag\u00e9.<br>Mais, en 2017, lorsqu\u2019il obtient son Bac, il est contraint de s\u2019inscrire en facult\u00e9 de Droit au S\u00e9n\u00e9gal. Pourtant, il n\u2019a jamais vraiment renonc\u00e9 \u00e0 l\u2019art et r\u00eave secr\u00e8tement de l\u2019\u00e9tudier. Apr\u00e8s deux ann\u00e9es de Droit, il a l\u2019opportunit\u00e9 de revenir \u00e0 sa passion premi\u00e8re et il n\u2019h\u00e9site pas. Il s\u2019inscrit en Arts plastiques \u00e0 l\u2019\u00c9cole nationale des Arts et de la Culture de Dakar. Il obtient un master en Arts plastiques en 2023.<br>Parmi les choses qu\u2019il a apprises au S\u00e9n\u00e9gal, il y a le droit d\u2019auteur, \u00ab Avant d&#8217;aller au S\u00e9n\u00e9gal, je ne savais pas comment d\u00e9fendre les droits issus de mes \u0153uvres \u00bb. Il apprend \u00e9galement la confiance en soi ; et bien entendu, il aborde les diff\u00e9rentes techniques et \u00e9coles de peinture qu\u2019il ignorait jusque-l\u00e0 : l\u2019abstrait, le r\u00e9alisme, le dessin d&#8217;observation\u2026 Il s\u2019est m\u00eame adonn\u00e9 \u00e0 la sculpture.<br>Durant ses \u00e9tudes au S\u00e9n\u00e9gal, il s\u2019investit dans le milieu associatif en faveur des \u00e9tudiants comoriens, comme il le faisait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Itsandzeni. Il animera \u00e9galement des ateliers de peinture dans un centre \u00e9ducatif \u00e0 Dakar.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Architecte d\u2019int\u00e9rieur<\/strong><br>Avant de partir au S\u00e9n\u00e9gal, il avait d\u00e9j\u00e0 fait une exposition \u00e0 l\u2019Alliance franco-comorienne. Pendant ses \u00e9tudes, il r\u00e9alisera une autre exposition au Centre culturel Blaise Senghor de Dakar.<br>Apr\u00e8s six ans d\u2019\u00e9tudes au S\u00e9n\u00e9gal, Issulahi Ahamada est revenu aux Comores en juillet 2023. Un retour plein d\u2019\u00e9motions. Mais, le peintre avoue que son art ne lui permettrait pas de vivre.<br>\u00c0 l\u2019\u00c9cole nationale des Arts et de la Culture de Dakar, il a appris le m\u00e9tier d\u2019Architecte d\u2019int\u00e9rieur. Il manie le placo (B A 13) dans diff\u00e9rents contextes ou cr\u00e9e des accessoires comme les pots de fleurs \u00e0 partir de pl\u00e2tre. Il fait aussi de la peinture sur murs, de la mosa\u00efque, du mastic, de l\u2019am\u00e9nagement, du graphisme et du design mural. On peut dire qu\u2019il met son sens artistique dans son m\u00e9tier de d\u00e9corateur ou architecte d\u2019int\u00e9rieur.<br>Il est aussi peintre \u00e0 l\u2019image de son oncle Mab Elhad.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sans v\u00e9ritable politique culturelle et m\u00eame sans enseignement de la culture et des Arts, les Comores sacrifient de nombreux talents. Ahamada Issulahi fait partie des acteurs culturels qui continuent \u00e0 exercer leur art par passion, sans se soucier de l\u2019abandon des artistes par le gouvernement. Par Mahmoud Ibrahime \u00ab Je suis un artiste. 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