{"id":10017,"date":"2023-11-28T11:09:33","date_gmt":"2023-11-28T08:09:33","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=10017"},"modified":"2023-12-02T13:22:02","modified_gmt":"2023-12-02T10:22:02","slug":"un-repli-sur-soi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/un-repli-sur-soi\/","title":{"rendered":"Un repli sur soi"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00ab Celles et ceux qui souffrent le plus sont celles et ceux qui \u00e9prouvent le plus de mal \u00e0 exprimer leur douleur \u00bb.<br>La slameuse Zam-Zam Elhad sort cette semaine un recueil de slams intitul\u00e9 Plaintes aux \u00e9ditions C\u0153lacanthe, recueil en shikomori et en fran\u00e7ais, accompagn\u00e9 d\u2019une performance orale, Roho.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Abdouroihmane Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avez-vous d\u00e9j\u00e0 eu du mal \u00e0 d\u00e9crire ce qu\u2019il y a au fond de vous par peur d\u2019\u00eatre incompris (ses) ? Avez-vous d\u00e9j\u00e0 eu du mal \u00e0 dire les choses qui vous hantent ? Alors, il faut lire Plainte, recueil de po\u00e8mes\/slams engag\u00e9s \u00e9crit en fran\u00e7ais et en shikomori, par ZamZam Elhad, \u00e9crivaine comorienne et qui parait cette semaine chez Coelacanthe.<br>Dans ce livre, usant de l\u2019anaphore de la premi\u00e8re personne \u00ab Je \u00bb, l\u2019auteure capte l\u2019attention de ses lecteurs, afin de les faire voyager \u00e0 travers un langage soutenu, que ce soit en shikomori ou fran\u00e7ais, un monde neurasth\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les violences faites aux femmes<br>Le recueil d\u00e9nonce des faits li\u00e9s \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en commen\u00e7ant par \u00ab Identit\u00e9 vol\u00e9e ou la voix des sans voix \u00bb, racontant dans les premi\u00e8res pages, en shikomori, le parcours bouleversant d\u2019une jeune femme comorienne qui subit d\u00e8s son plus jeune \u00e2ge, des violences sexuelles jusqu\u2019\u00e0 ce que ces derni\u00e8res deviennent un mode de vie. Mais pourquoi ? Sa survie en d\u00e9pendait.<br>Alors qu\u2019elle est envoy\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole coranique \u00e0 l\u2019\u00e2ge de sept ans pour y apprendre, son ma\u00eetre coranique abuse continuellement d\u2019elle. Elle ne sait que se taire jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle d\u00e9cide de rentrer chez elle. Revenant bredouille, le m\u00e9pris la poursuit. C\u2019est alors que sa famille l\u2019envoie chez son oncle \u00e0 Moroni o\u00f9 elle doit aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise. H\u00e9las, elle n&#8217;arrive pas \u00e0 poursuivre sa scolarit\u00e9, car les corv\u00e9es domestiques sont tout ce qu&#8217;on lui apprend \u00e0 faire. En prenant de l\u2019\u00e2ge, devenant pub\u00e8re avec les seins qui surgissent, son oncle voit en elle une femme \u00e0 convoiter. Ainsi lui aussi abuse d\u2019elle. Elle tombe enceinte, elle va \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, mais personne ne doit savoir ce qu\u2019il lui arrive.<br>Elle fait la rencontre d\u2019un homme. Elle tombe amoureuse, mais ce dernier est brutal et la frappe incessamment. C\u2019est alors qu\u2019elle d\u00e9cide de le quitter et de reprendre ces \u00e9tudes. Une fois \u00e0 l\u2019universit\u00e9, elle apprend que pour d\u00e9crocher un dipl\u00f4me, elle doit servir de plat \u00e0 tous les enseignants. Une chose qu\u2019elle finit par faire. Elle d\u00e9croche son dipl\u00f4me, il lui reste donc \u00e0 trouver un travail. Mais pour qu\u2019elle y arrive, le directeur devait voir ce qu\u2019elle savait faire sur un canap\u00e9.<br>Elle devient la ris\u00e9e de tous. Mais tant que sa survie en d\u00e9pend, elle n\u2019a gu\u00e8re le choix que de se soumettre. Elle commence \u00e0 prendre des rides, elle songe \u00e0 fonder une famille, mais connaissant son pass\u00e9, personne ne veut d\u2019elle. Puis un homme qui vient de loin lui propose de l\u2019\u00e9pouser. Elle accepte. Mais, celui-ci se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un ivrogne qui la bat et lui hurle dessus tous les soirs. Que faire ? Entre divorcer et r\u00e9sister, c\u2019est un choix difficile.<br>Apr\u00e8s des \u00e9lections au pays et un changement de gouvernement, le poste du directeur est occup\u00e9 par une femme. Notre h\u00e9ro\u00efne pensait qu\u2019elles allaient bien s\u2019entendre, mais contre toute attente, la nouvelle chef veut l\u2019offrir en cadeau \u00e0 son mari. Elle refuse d\u2019y aller, ce qui lui vaut son travail.<br>Puis ao\u00fbt arrive. Le mois qui marque l\u2019arriv\u00e9e des \u00ab Jeviens \u00bb, elle quitte son mari pour suivre un \u00ab Je t\u2019aime \u00bb. Celui-ci lui vend un r\u00eave. Il lui fait conna\u00eetre un ami qui devait le faire passer \u00e0 l\u2019a\u00e9roport pour se rendre clandestinement en la France. Mais ce dernier veut un coup. Elle c\u00e8de. Elle vend tout pour un monde meilleur. H\u00e9las elle se trouve en Libye, o\u00f9 elle est viol\u00e9e, puis jet\u00e9e tel un d\u00e9chet. Quelques jours plus tard, elle prend le bateau pour l\u2019Italie. Mais, une fois de plus, le capitaine du navire a fait d\u2019elle sa femme. Une fois arriv\u00e9e en France, le vendeur de r\u00eaves ne veut plus d\u2019elle. Elle appelle sa m\u00e8re qui lui conseille d\u2019appeler sa s\u0153ur qui se trouve aussi en France. Mais, celle-ci ne veut rien entendre d\u2019elle. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019un \u00e9tranger lui tient la main et lui propose son toit. Elle accepte pour ne pas mourir de froid. Des semaines plus tard, apr\u00e8s qu\u2019elle ait attendu que cet homme la traite comme les autres, elle est surprise d\u2019apprendre qu\u2019il ne voulait rien d\u2019elle. Un amour r\u00e9sonnant entre eux et ils se marient. Un parcours tragique pour une fin heureuse dans ce premier volet. Qu\u2019en est-il du reste ?<\/p>\n\n\n\n<p>Des po\u00e8mes qui d\u00e9noncent les violences faites aux enfants<br>L\u2019auteure encha\u00eene les po\u00e8mes en les r\u00e9partissant en plusieurs parties.<br>Dans \u00ab Cri du silence \u00bb, elle nous peint le traumatisme de la femme condamn\u00e9e \u00e0 accepter son inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019homme. \u00c0 accepter de rester \u00e0 la maison, car dehors r\u00f4de le danger. On la bl\u00e2me d\u2019\u00eatre sortie en lui disant que tout ce qui lui arrive de mal, n\u2019\u00e9mane que d\u2019elle. Puis l\u2019auteur encha\u00eene.<br>Dans la deuxi\u00e8me partie, l\u2019auteure en tant que femme, ne d\u00e9nonce pas seulement ce qui arrive aux femmes, mais aussi ce qui arrive aux hommes. Car bien qu\u2019il soit devenu adulte, il n\u2019est pas sans savoir qu\u2019autrefois, il \u00e9tait un jeune gar\u00e7on, innocent. Agress\u00e9 et viol\u00e9, il ne savait que faire hormis se taire sinon sa virilit\u00e9 en prendrait un coup. C\u2019est ce que lui disent ses proches pour garantir l\u2019honneur de la famille pendant que lui, dans sa grotte de solitude, il demande justice. Plus il grandit, plus la douleur le consume. Mais que faire ? En parler ferait de lui la ris\u00e9e du village, de la communaut\u00e9 entre autres.<br>\u00c0 force de se renfermer sur soi, de ne rien pouvoir dire \u00e0 personne de peur qu\u2019on ne la croie pas, toute seule dans son agonie, la mort lui tend la main. Perplexes, entre c\u00e9der et lutter, certaines finissent par jeter l\u2019\u00e9ponge.<br>\u00ab Oui, j\u2019y ai pens\u00e9. Que Dieu m\u2019en pr\u00e9serve,<br>Oui j\u2019en ai tellement souffert que partir me semblait une issue,<br>Tellement souffert qu\u2019\u00e0 un moment les pri\u00e8res et invocations suppliaient le seigneur de le reprendre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le machisme<br>Enfin Zam Zam Elhad d\u00e9nonce le harc\u00e8lement ordinaire. Dans les rues, les femmes sont constamment harcel\u00e9es. C\u2019est devenu une mode. Interpeller une femme qui passe est devenu un jeu pervers. Celui qui ne sait pas faire n\u2019est pas consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab bonhomme \u00bb. Si jamais la fille ne r\u00e9pond pas \u00e0 ce genre d\u2019interpellation, des insultes s\u2019en suivent.<br>L\u2019auteure \u00e9voque \u00e9galement le harc\u00e8lement pr\u00e9sent dans les r\u00e9seaux sociaux. C\u2019est encore grave. Quand un homme \u00e9crit \u00e0 une femme pour la premi\u00e8re fois et que cette derni\u00e8re ne lui r\u00e9pond pas, c\u2019est une guerre qui commence.<\/p>\n\n\n\n<p>Au terme de la lecture de ce recueil, le constat est alarmant. Nous remarquons que toute la soci\u00e9t\u00e9 se tait face aux violences faites aux femmes et aux enfants, filles et gar\u00e7ons. Des parents aux enseignants. Des professeurs aux encadreurs. Des beaux-fr\u00e8res aux s\u0153urs qui pr\u00e9f\u00e8rent garder le silence. Pendant qu\u2019un \u00eatre humain souffre le martyre. Des dizaines de filles sont victimes d\u2019agressions sexuelles tous les mois, l\u2019\u00c9tat reste muet face \u00e0 cela. Mais, o\u00f9 va-t-on ? Jusqu\u2019\u00e0 quand les pr\u00e9dateurs seront prot\u00e9g\u00e9s.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Celles et ceux qui souffrent le plus sont celles et ceux qui \u00e9prouvent le plus de mal \u00e0 exprimer leur douleur \u00bb.La slameuse Zam-Zam Elhad sort cette semaine un recueil de slams intitul\u00e9 Plaintes aux \u00e9ditions C\u0153lacanthe, recueil en shikomori et en fran\u00e7ais, accompagn\u00e9 d\u2019une performance orale, Roho. 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