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Journée internationale de la sage-femme : Plus de cinq cents sages-femmes exercent aux Comores.

À l’occasion de la Journée internationale des sages-femmes, la Confédération Internationale des sages-femmes (ICM) a choisi de placer la célébration sous le thème : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes : investissez dans les sages-femmes ». Par Natidja HAMIDOU

Aux Comores, la célébration de cette journée aura lieu après le mois de ramadan en Visio conférence afin de respecter les normes sanitaires mises pour lutter contre le Coronavirus. La directrice exécutive de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour l’Aide de la Population) aux Comores, Dr Natalia Kanem a rendu hommage aux sages-femmes dans un discours glorifiant le travail exceptionnel fait quotidiennement par ces praticiennes.  

  À l’instar de leurs collègues dans le monde, les sages-femmes comoriennes célèbrent chaque année le 5 mai, la Journée internationale des sages-femmes. Cette année, pour des raisons de calendrier, mais aussi à cause du ramadan, la célébration aux Comores est décalée à une date ultérieure. Elle sera en visioconférence étant donné le contexte sanitaire. Il arrive parfois que les praticiennes comoriennes choisissent un thème différent de celui adopté par la Confédération Internationale des Sages-femmes (ICM). Car, elles préfèrent contextualiser le thème au regard de ce qu’elles rencontrent au quotidien. Mais, cette année, elles garderont le même.

Le nombre des sages-femmes ne cesse de croître dans l’archipel

En effet, plus de cinq cents sages-femmes exercent aux Comores actuellement. Certaines sont diplômées de l’université des Comores, d’autres ont étudié dans des universités étrangères. La fédération nationale des associations des sages-femmes plaide pour un recensement annuel des sages-femmes en vue de connaître le nombre de ces personnels soignants. « Chaque année, les sages-femmes sont plus nombreuses dans le pays. Nous devons actualiser la liste à chaque fois. Il nous faut une base de données avec des chiffres exacts », déclare Fatima Halidani.

La formation des sages-femmes aux Comores se fait à l’École de Médecine et de Santé publique (EMSP), une UFR de l’Université des Comores. Les étudiants doivent valider trois années d’études pour obtenir le diplôme d’état. Quant à celles qui sont formées à l’extérieur du pays, certaines ont des licences et des maitrises, et d’autres ont des masters.

Les recrutements et les rémunérations ne suivent pas

Dans son allocution dans le cadre de cette journée des sages-femmes, Dr Natalia Kanem, directrice exécutive de l’UNFPA affirme que « Les sages-femmes méritent un plus grand investissement dans leurs capacités et lieux de travail qui les rend autonomes et reconnait pleinement leurs compétences et leurs contributions ». Cette affirmation de la diplomate onusienne reflète et résume la réalité et le quotidien des sages-femmes comoriennes. En effet, le recrutement des sages-femmes aux Comores est un problème majeur de ce métier. L’obtention du diplôme et le nombre d’années en tant que stagiaires ne suffisent pas pour être titularisées ou rémunérées. Les compétences ne sont pas un critère de sélection. « Des agents non qualifiés sont recrutés dans certaines structures de santé, alors que des sages-femmes qualifiées sont au chômage. Je peux dire que certaines sont embauchées parce qu’elles connaissent un tel directeur ou un ministre, ou on est membre d’un tel parti politique », regrette Chafika Hamadi, sage-femme et major de la maternité de Ntsudjini dans la région d’Itsandra. Néanmoins, sa collègue Fatima Halidani déplore la non-rémunération de beaucoup de praticiennes : « Le bénévolat handicape vraiment notre système de santé et en particulier notre métier ». Selon elle, l’UNFPA ainsi que le COMPASS (Comores Projet Approche Globale de Système de Santé) essaient d’atténuer ce problème en lançant des appels à candidatures dans certains centres et postes de santé du pays.

La question de salaires et indemnités pour les sages-femmes comoriennes revient souvent sur la table des discussions. Les discours de nos deux interlocutrices révèlent que le nombre d’années d’expérience n’influe pas sur la grille indiciaire des salaires ni celle des indemnités des agents. « J’ai plus de quinze ans d’expérience avec une responsabilité de cheffe de programme, et je suis payée comme les nouvelles sages-femmes qui ont une ou deux années d’expérience », affirme Fatima Halidani. « Nous avons des salaires misérables. Les avancements ne se font pas. Les titularisations non plus. Alors que ça doit être fait tous les deux ans. Encore une fois, il faut connaitre ou être proche de la hiérarchie pour avoir un avancement de salaire », dénonce Chafika Hamadi.

Les conditions de travail doivent être améliorées

S’agissant des conditions de travail, les avis de nos deux professionnelles divergent. L’une parle d’une nette amélioration en faisant allusion à l’équipement des maternités par le ministère ainsi que les partenaires. Tandis que l’autre évoque le non-respect des droits des sages-femmes ainsi qu’une insuffisance de certains outils de travail. Toutefois, elles partagent la même opinion en ce qui concerne les progrès et évolution dans la pratique de leur métier en faisant référence au renforcement des capacités des agents. Cependant, la réalité sur le terrain démontre bien que les conditions de travail doivent être améliorées. Nul n’est censé ignorer la dégradation du système sanitaire comorien. Celle-ci se résume par le manque de logistiques adéquates et adaptées dans les hôpitaux.

Des variantes statistiques du nombre d’accouchements

La courbe des statistiques nationales aux Comores sur le nombre d’accouchements par an a varié au cours de ces quatre dernières années. De 2016 à 2017, la courbe est croissante allant de 12028 accouchements en 2016 à 15421 en 2017. Les chiffres ont baissé en 2018 avec 15369 naissances. Cependant, il y a eu un accroissement considérable en 2019 avec 16562 accouchements. Mais, la courbe a également chuté en 2020 puisque les naissances enregistrées étaient de 15253. « À la maternité de Moroni, le nombre de naissances par jour varie de 15 à 20 », indique la major de la maternité de Ntsudjini qui a longtemps travaillé à la maternité de la capitale.

Les partenaires aident dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale

Les sages-femmes comoriennes s’investissent dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. Elles sont aidées dans ce combat par leurs partenaires de l’OMS ou de l’UNFPA. Si le taux de mortalité maternelle a baissé de 21% de 2019 à 2020, il a été en forte augmentation de 2018 à 2019 avec 32,4%. Le pourcentage de décès maternels était croissant de 20,8% de 2016 à 2017. Il s’est également accéléré de 4% de 2017 à 2018.

Les avortements clandestins constituent également un combat pour les personnels soignants comoriens. C’est un phénomène qui fait perdre la vie aux mères adolescentes aux Comores. Les différentes associations de sages-femmes comoriennes en partenariat avec l’UNFPA sensibilisent sur ce fléau. « C’est un drame qui tue des adolescentes chaque année. En 2020, seule l’île d’Anjouan a enregistré quatre décès de jeunes liés à des avortements clandestins. C’est ce qui est connu. C’est possible qu’il y en a d’autres », précise Fatima Halidani.

Cependant, l’opinion s’interroge sur les critères et les normes qui doivent permettre à un centre ou poste de santé d’accueillir des femmes pour accoucher. Car, on remarque que ces dernières années, il y a eu une augmentation du nombre de centres de santé dans les différentes régions, sans contrôle du service d’inspection sanitaire du ministère de la Santé.

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